Le cambouis ce n’est pas sale

le 11 juillet 2008 à 11:27 par mrboo

On a un défaut en France (peut-être aussi dans les autres pays latins, je ne sais pas) c’est de cultiver une forme de dédain vis à vis de la technique.

Je me souviens que la plus part des élèves de mon école d’ingénieur aspiraient à une chose: s’éloigner le plus rapidement possible de la technique (une fois sorti de l’école).
Une bonne part d’entre eux souhaitaient tout bonnement ne plus avoir à coder quoi que ce soit. Et rêvaient d’une sorte de métier « pur conseil » ou les entreprises viendraient puiser dans leur immense savoir les grandes lignes de leurs futurs réalisations (la bonne blague).
Il y avait aussi ceux qui s’imaginaient « chef de projet » avec une vision de ce rôle caricaturale: je joue au petit chef et les larbins s’occupent de la réalisation…

Ce dédain vis à vis de la technique n’est pas propre à nos aspirants ingénieurs.
J’ai discuté à de nombreuses reprises avec des étudiants d’HEC ou ex-HEC à propos de leurs projets de création de business en ligne et à chaque fois la même rengaine: « on va faire faire le site par un gars », « on va faire sous-traiter le dev en Inde » etc.
Jamais, il ne leur vient à l’esprit qu’ils devraient intégrer un ingénieur débrouillard (et sachant développer) au cœur de leur projet (j’entends avec autant de parts qu’eux)
Un petit conseil pour eux: faites le !
La réalisation technique d’un site et ses mises à jours sont une part très importante de la réussite d’un projet web, il faut donc que la personne qui s’en occupe le fasse avec la même envie de réussir que vous !

Si vous n’êtes pas convaincu demandez à n’importe quel e-commerçant de vous raconter ses gallères liées à la technique.
Si en plus votre site est voué à être un service web, il n’est vraiment pas raisonnable de penser que la technique ne puisse pas être au cœur de votre stratégie.

La réalisation, la technique, le développement etc.. sont des métiers passionnants et malheureusement trop peu reconnus en France.
Ne nous étonnons pas de ne pas trouver assez de jeunes ingénieurs ou développeurs: c’est en dénigrant bêtement au quotidien ces métiers que nous nous sommes tiré une balle dans le pied.

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24 commentaires pour “Le cambouis ce n’est pas sale”

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  1. 1Clément (Divarvel) dit :

    Ça me fait un peu penser à un billet qui disait que les designers devaient réaliser eux mêmes le xHTML, plutôt que faire un PSD et le refiler à un « HTML monkey » chargé de l’intégration.

    Sous traiter le dev, c’est le meilleur moyen de planter le service… Comment on pourrait debugger un gros site si le mec qui l’a fait est aussi loin… Un de mes amis a déjà eu à recoder un truc sous traité au bengladesh pour une boite qui avait voulu économiser quelques sousous…

    Il faut absolument prendre la mesure des contraintes techniques le plus rapidement possible, sinon on en vient à bricoler des trucs dégueu pour faire coller le code aux désirs abstraits des mecs qui dirigent la boîte.

  2. 2Yoann dit :

    En tant que ex-e-commercant, je confirme ce que je te dis et que ma vision pour réussir dans ce milieu c’est souvent « bite & couteau ».

  3. 3Benjamin dit :

    je suis en osmose avec cette réflexion,
    Etant fanatique de machine-outil, je ne laisserai pas un aspect »cambouis  » me glisser des doigt, mais il est vrai que parfois j’ai pensé à travailler avec des dev roumains (oui, c’est pas bien:) pour des petits projets.

  4. 4Kilgore dit :

    En suisse en plus des ingénieurs « EPF » (Ecole polytechnique fédérale) on forme des ingénieurs « HES » (Haute Ecole Spécialisée) qui sont très orienté « pratique » et qui ne rechignent pas à mettre les mains dans le cambouis ! C’est exactement ce qu’il manque en France !

  5. 5Le Tribulateur dit :

    Il n’y a pas que les ingénieurs à raisonner comme ça. Les commerciaux et les financiers aussi. Je peux te dire qu’en ayant fait mes 4 années post-bac en Alternance, j’ai mis les mains dans le cambouis sans arrêt. Et fait ce que d’autres dédaignaient. Et on m’observait avec une certaine circonspection …

  6. 6Le Tribulateur dit :

    Tu ne m’en voudras pas François, hein. J’ai sous-traité pour mon site internet, hein :)

  7. 7'dette dit :

    sans compter la crédibilité qui va avec : rien de tel que quelqu’un qui sait de quoi il parle (en cas de souci surtout), et qui n’avance pas que de belles idées théoriquement réalisables.

  8. 8Wynfo.net dit :

    Parfaitement ce que je pense en étant ingénieur que la technique c’est bien que d’être chef de projet et ne faire que du Excel toute la journée !

  9. 9Olivier - 42Stores dit :

    Moi, on m’a même souvent demandé pourquoi je ne voulais pas sous-traiter le développement….
    Ben non ! D’ailleurs en plus de recruter un e-commerçant expérimenté sur 42Stores, on embauche aussi un développeur, a tendance génial…

  10. 10Xu dit :

    Bien dit !

    Pffiou… J’en ai vu des boites couler, à cause de l’externalisation de toute la réalisation de leur produit.

    D’ailleurs si j’avais quelques mois de libre sur une ile déserte, je me mettrais probablement au développement, ne serait-ce que pour tester quelques prototypes en live…

  11. 11youen dit :

    Aussi 100% d’accord!

    Je me souviens de réunion ou des chefs de projets qui brassait de l’air sur les capacité d’une fonctionnalité. Au milieu de la réunion, j’ai cracké je me suis absenté 5mn de la réunion pour aller voir le développeur (dans la salle d’à coté … au moins 5 m de marche à pied). On a décortiqué le code rapidement et je suis revenu dans la réunion pour clôturer le sujet.

    Le pire, c’est qu’a aucun moment ils ne souhaitaient faire venir le mec qui avais les mains dans le cambouis.

    En complément, ce qui est est inquiétant c’est que de plus en plus de jeun’ dip (école ou univ) rechignent au développement. (Et ce n’est pas qu’une histoire de salaire(pas à l’avantage du cambouis) mais vraiment un manque de passion.

  12. 12j.ducastel dit :

    La solution, c’est peut être aussi de ne pas forcément chercher du coté des ingénieurs… :p

    Personnellement je n’ai aucun diplôme informatique à l’heure mais ça fait huit ans que je suis développeur web et je n’ai aucune envie de lâcher le cambouis :)

  13. 13mrboo dit :

    Je ne pense pas que ce soit une question de formation mais plus une question de culture (je prenais l’exemple des ingénieurs mais on retrouve ce même problème dans beaucoup de formations)

  14. 14j.ducastel dit :

    mmm… de culture des diplômés peut être ? Trop de théorie, pas assez de pratique ?

  15. 15mrboo dit :

    non je n’ai personnellement aucune culture du diplôme, surtout en matière de réalisation web je sais parfaitement que l’expérience et la curiosité d’une personne prévalent largement sur sa formation.
    Ce que je souhaitais « dénoncer » c’est la mauvaise habitude que beaucoup d’entre nous ont de considérer la réalisation technique comme étant moins « noble » que les rôles qui consistent à ne pas toucher au clavier.
    Ce dédain profondément ancré dans la société française entraine un rejet par beaucoup de jeunes des formations scientifiques et techniques ce qui est complètement con car pas mal de monde (dont moi) s’est épanouit dans cette voie.
    Et nous manquons déjà de personnes douées dans ces filières.

  16. 16Ludovic dit :

    Ne pas développer en interne me semble un risque très important. Comment être capable de rédiger correctement un besoin sans savoir ce qu’il est techniquement possible de faire? Surtout que ce besoin retranscrit dans un document contractuel ne satisfera jamais complètement…
    Croire qu’une entité qui utilise des systèmes de traitement de l’information automatisés peut se passer de personnel compétent dans ce domaine au plus niveau est déraisonnable.

    Ce qui est étonnant, par contre, c’est que l’on forme davantage les étudiants à coder qu’à rédiger des besoins, sans doute on les dégoutte durant leurs études …

  17. 17gooffy dit :

    Bonjour,

    Pour rien au monde je ne laisserais quelqu’un s’occuper de mes deux sites WEB. Sans avoir beaucoup de compétence informatique ( un peu de turbo-pascal en fac, il y a …longtemps), j’ai besoin de maitriser mes sites. Tous mes collègues qui ont fait faire des sites par d’autres, ne savent pas les faire vivre, les tenir à jour, corriger les erreurs et ont donc des sites ( qu’ils ont payés chers) qui ne leur servent à rien.

    Même si je ne gère pas un e-commerce, 99 % de nos clients viennent via Internet. Je ne peux donc pas sous-traiter un point aussi important pour le fonctionnement de notre entreprise. Et j’adore avoir les mains de le cambouis ( et pas que informatique ) ainsi que la tête d’ailleurs =)!

    Je suis complètement d’accord pour dire que c’est un problème de culture.
    Un certain nombre de mes anciens camarades de lycée ou de prépa, trouve très surprenant que ayant fait des études supérieures, nous ayons pu avoir envie de créer une entreprise agricole, technique et manuelle à la folie.

  18. 18Newtoon dit :

    Très bon billet : éloquent !

    C’est la démarche que j’ai voulu prendre également. J’ai préféré tout coder, quitte à galérer parfois mais ne pas trop stresser en me sentant lâché par tel codeur.

    En plus, si l’on veut être créatif, vaut mieux pouvoir avoir toute latitude.

    Ca a un inconvénient : on fait un peu tout et n’importe quoi (site un peu brouillon) et parfois aussi, on ne sait pas et on cherche à qui demander.

    PS : dans mon cas, j’ai aussi pensé que quitte à vouloir être entreprenant et créatif, autant l’être de bout en bout… (bon, c’est un « luxe » aussi).

  19. 19vieilfrance dit :

    rah c’est marrant, là ou je bosse on fait la part belle aux ‘techos’. Ils ont autant d’importance que n’importe qui d’autre dans un porjet informatique. Sans expert technique, pas de qualité de code, pas d’expertise, une appli pourrie.

  20. 20Simon dit :

    Excellent billet!

  21. 21LeFreelance dit :

    Le développeur est encore beaucoup considéré comme une machine à coder s’éloigner de la technique.

    En gros ils prennent leur poste de développeur comme étant un passage (bizutage?) nécessaire avant de passer à des postes à « responsabilités » (syndrome du « moi je veux faire de la gestion de projet »).

  22. 22LeFreelance dit :

    J’ai oublié des mots :

    Le développeur est encore beaucoup considéré comme une machine à coder et beaucoup ne souhaite qu’une chose : s’éloigner de la technique.

  23. 23Tuxyroots dit :

    Il y a également un autre intérêt à avoir les mains dans le cambouis, c’est de pouvoir intervenir rapidement en cas de problème ou de modification urgente. Cette réactivité est à mon sens essentielle. Pour ma part, c’est également valable pour les plateformes qui hébergent les applications. Avoir la maitrise d’un maximum de choses et dépendre le moins possible de prestataires, parfois peu compétents, peu impliqués et donc peu réactifs. C’est comme ça que j’ai toujours travailler.
    Au delà de ça, il est clair qu’on ne peut pas être compétent dans tous les domaines, je pense notamment à la partie graphique, où j’ai vite montré mes limites. Pour la prochaine version de ma boutique, pas le choix, obligé de faire sous-traiter cette partie.

  24. 24Mathias dit :

    Je trouve cette tendance assez bizarre : nous les geeks codeurs, on est en général passionné par le code, la capacité à se débrouiller le nez dans le code, que le commun des motels ne comprend pas.

    Paradoxalement, je suis un des rares de ma promo (promo 2009 du DUT SRC à Mulhouse) à aimer la prog’.

    Et pour mon site/blogue personnel, c’est une question d’orgueil plus que de compétences : il me parrait évident que c’est moi qui doit le déveloper/faire l’intégration HTML.

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